05.05.2009

Le livre de l'anomalie



" Un livre - que j'aimais écrire, ressemblait à une terre creuse - sombre et entière, conduisant à l'enfer... d'être compris puis jugé fou. Le livre que je veux lire est le mien - une vague, parmi d'autres parcourue, aussi brièvement ou parfaitement qu'une femme, derrière un paravent blanc.

J'y confonds la virgule au timbre contigu, la lettre, manquant à l'union injurieuse de l'oubli et de l'ennui, à la fine pluie de pâtes tromboneuses et au plaisir béton. On ne s'y aime pas - s'y juge pas, et l'énergie qu'on s'y échange est suave et profonde...

Rien n'y a de prix que le cadre moral d'un code, personnel - où le silence sauve d'une question qui tue pour me faire entrer, seule, dans la matière...

 

Entrée en matière... une expression ravie - de ceux des vivants placés à l'Olympe, s'agissant ici d'un lieu de travail, gisant au fond d'un coffre-fort, où l'on se laisse et se retrouve, préservé, hors du temps, à l'abri de la matière, impénétrable, sans la volonté du possible dans la foi, et sans une expérience limitée à la parole, et au verbe éternel.

J'y fais passer cette chose qui ne vient pas de moi, mais qui est moi... une queue très longue ou la traîne dont on ne verra pas le bout, entrer dans le secret - pousser une porte, et revenir la mémoire abâtardie d'avoir évoqué quelques souvenirs.

Je souhaite y pratiquer le type de magie visuel, inusuel, qu'exercent sur moi les corps de ceux que j'aime, et qui m'aiment aujourd'hui. Relire, m'acquitter, faire de phrases des sentences, refermer le livre, le faire cesser...

Entrer en matière, naturellement, comme la fleur qui se relève, sous l'effet de l'eau lourde à son pied.

 

Le format, coté - de ce mort et son texte, gravé dans la pierre... entrouvre alors ma porte à un filet d'eau, le souffle chantant des mots - leur préciosité, leur grossièreté de truite, leurs maladresses à venir, leur façon de tourner en rond, leur richesse infinie - conduisant à la vraie pauvreté mentale, quand elle mène nulle part.

Ce squelette - enterré, devenant filet d'eau que l'on boit - sauveur, et nourricier.

Ces mots comme une arme... pour moi, qui avais eu la langue coupée et qui peinais, au milieu des temps, musicalement - ayant besoin de dire...

 

Moi, qui avais besoin d'une arme pour trancher sans arrêt, comme un second moi-même la tête de tous ces serpents, vieux - pour tenter de retrouver un petit bout de la chair qui m'avait faite avant qu'il ne soit trop tard. Sinon condamnée - à errer dans un monde idéal sans culture ni repère, ni identité réelle.

Quatre, de ces grands mots forts et bien dimensionnés faciles à abuser - mort, résurrection, lumière et expression - étaient tout ce qu'il me restait parce que vous construisiez la prison de malheur, sur le silence de tombe...

Votre prison de mots, derrière une vitrine opaque que vous aviez placée devant vos actions muettes... mon corps - innocenté de ce temps de la mort.

Par ces mots, vôtres - uniques prétextes à de propres paroles, quelqu'un saurait donc qu'il avait menti. Mais moi j'irais encore à votre adresse et pour votre défense, interroger votre question : "Pourquoi ?"

 

Votre anomalie pouvait certes griser certains esprits : je la voulais aussi... pour vous, décrire - coder, et formater.

Qu'auriez-vous pensé chérir du monde extérieur ? Mais... comment vous ôtait-on la vie !

Auriez-vous répondu aux questions de l'auteur que vous ne seriez pas ?

Autrement augurée - cette chose se produisait-elle enfin passée à votre monde, comme le pain - soudain au prisonnier ?

Loin de vos émotions... mes mots n'affichaient plus de couleurs délavées.

Vous décidiez de revenir, étant la clé... minutée vous sentiez déjà la vie déclinée parlant de vous au féminin.

Quelle éblouissante blessure - vous laissant là, inerte aurait pu entreprendre de vous faire mourir ?

Je voudrais la décrier justement - et refuser ce trousseau toujours insuffisant à vous faire connaître l'être vivant et sensible qui ne prétendrait pas vous aimer, en étant vous-même afin de vous empêcher de parler, crier, hurler, jouer, ou seulement de vous entendre le faire - pour tout vous concéder... mais acceptant que nous soyons les autres à la recherche de ce duo, manquant...

Je voudrais - cependant, traduire ces pensées... vraies, fausses, retardataires, présentes, envahissantes ou tiennes. Par deux points passerait ainsi une ligne et une seule du passé au présent, puis du présent au présent par le don que je t'aurais fait de moi-même, puis du présent à l'avenir. Briserait-on alors ce segment fait de mots et d'histoires et d'un concept mathématique, par la mort du filament qu'il faudrait, c'est vrai - regretter parce qu'il serait encore ce navire dont tous ne s'étaient pas pourvus ?

 

Je voudrais raconter que tu vivais imperturbable en ton esprit.

Alors, je t'en prie ! Ne pense plus, ne représente plus ! Mets en scène, dès à présent - engage ton être entier, et gorges-en toi. Demeure à l'intérieur sachant que l'on ne perd pas. Cultive cette foi qui se pose comme un oiseau qui semble tout ignorer de la terre qu'il foule. Ne t'arrête pas aux satisfactions personnelles - sentimentales, logiques - ou de reconnaissance extérieure. Exige d'arriver au bout des images - ces visages - qui ne sont pas le tien. Ne reste pas dans cette solitude extrême où l'on t'a mise, où tu ne te nourris pas. Evoque ce que tu ressens, rattache-le au plus grand - au plus fort, ne supportant pas l'image... ne pouvant être entièrement vu. Vis pour les autres - sans mourir pour le Tout Autre.

Nous avons des visages semblables ou différents, des amours fusent autour de nous. Beaucoup de liens ne nous regardent pas, ne nous concernent pas, morcelés - inaudibles, et invicibles - et ce n'est pas ce qui me fait exister - même si c'est cela qui t'épuise... Personne ne pourrait te mordre - et m'obliger à mordre. Je voudrais conter ta vie, Anomalie... ta vie comme un journal de bord, ta vie... tout au bord de la mort.

 

Certainement que nombril jamais arrimé - un retour à la ligne devra s'imposer, pour contrecarrer l'action de mes arrêtes occupées à graver.

Car en réponse à pareil entêtement, il fallait que sans traîner chaque mot pèse et tarde...

Celles-là... sentent et souffrent, quand elles évoquent la crête ou le couteau dans la lame... un mot résonne en moi comme chantage et courage, laissant s'échapper bleue une sensation floue de l'avantage...

 

Je saurai donc chasser des mots l'intention d'une femme entêtée !"


 

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